chtisMado,

depuis trois ans que je vis à quelques baisers de toi, je t’écoute, te regarde, t’aime à travers la fenêtre, le jardin mitoyen. Tes odeurs ménagères glissent de chez toi à ma joie. Si tu étends le linge, je glisse dans mes pensées entre tes draps mouillés pour picorer ton cou. Lorsque l’Ajax me chatouille le nez, je t’imagine à genoux frottant le lino délavé, les fesses à me narguer. Je salive aux pâtes que tu cuisines, aux gâteaux qui gonflent dans le four. Et bien souvent, je toque pour m’inviter. Tu le sais que je t’aime ! Je ne dis rien mais tu le sais.

J’aime tes enfants, leurs disques ressassés, leurs ronchons pour sortir du bain, leurs devoirs d’une vie simple où les problèmes de bonbons à partager ont tous une solution. Je les soutiens. Toi, tu souris, heureuse que l’intello, comme tu dis, les aide où tu échoues.

Je n’aimais pas quand tu partais, nous laissais tout un week-end. Et que tu rentrais grise.

J’aime encore moins depuis que tu ne pars plus.
Marteau est revenu. C’est lui que j’entends désormais. Ses soirées «Ch’tis à Marbella». Ses soirées foot. Ses soirées potes.
Et puis vos cris.

Tu te tais. Mais je sais. Tes yeux ne me rient plus. Ils fuient dans les obliques ou rampent sur le pavé. Lui, jamais il ne part, tenu à ta maison par un bracelet-prison. Je ne peux plus, Mado, vous deviner souffrir, savoir qu’il vous tient et que je n’y peux rien.

Les voisins se terrent dans la trouille. Les flics déboulent lorsque je les appelle, coupent la musique qui beugle, virent les copains bourrés. Marteau menace, défie, trop saoul pour avoir peur. Puis, vient le moment où les flics s’en vont. Et moi je reste ; l’oreille collée à la cloison, soupçonnant les cris que tu retiens. Jusqu’aux pleurs des enfants.

Mado, c’est fini. Je ne peux m’interposer entre Marteau et toi. Je ne suis pas de taille.
Je ne peux, non plus, supporter une nuit de plus à imaginer sa grosse tête de con, son gros bide de con, ses gros poings de brutes aplatir tes sourires.

J’ai vendu ma maison et ce soir nous partons.
Lorsque le dernier mot de cette lettre aura été écrit, je vais sonner chez toi. Tu vas ouvrir, prendre ce papier, le cacher et le lire.
Marteau me suivra, j’ai tout un tas de bois à rentrer, il m’aidera. Je te jure que je trouverai comment le retenir. Son bracelet ? J’ai calculé ; nos maisons sont si proches qu’il ne bronchera pas.

Et toi, Mado, je t’en prie, fais moi confiance, pense à tes enfants. Prépare vos bagages. Juste l’indispensable, dans un sac poubelle que tu sortiras au soir venu. Je le récupérerai. Ne dis rien aux petits. Ne change rien à ta routine.

Durant le match, réveille les enfants, prends les comme ils seront, pyjamas et chaussons. Sortez par le garage. Ma voiture sera garée devant.

Mado, je t’aime mais ne demanderai rien. J’ai besoin de vous soustraire à Marteau pour te regarder vivre dans une maison voisine. Tu n’aimes pas les filles et nous n’y pouvons rien. Je veux juste continuer à rêver, et que tu restes ma femme d’a côté.

Léa.