Loire-bruno-monginoux

Attachée aux arbres touffus, élancés, aux pâturages gras, à la terre moelleuse, je rêve d’une maison en bois, cachée, lovée aux bras de la forêt. 

Ici, il n’y a pas.

Je suis en ville. Contrainte à tous les bruits, bousculée de passants, ballottée sur un temps trop rapide.

Les enfants sont contents. L’école à deux minutes, les bus, la vie, le pain. Tout est à portée de main. Sauf moi. Je ne suis plus là. J’ai glissé. Glissée dans la distance. à quelques centimètres je crois...

Je vis de côté. Observatrice de celle qui fait les choses, parle et boit. C’est facile, moins humide. Ils sont soulagés ; je ne pleure plus.

Notre maison est lumineuse, bien rangée ; j’y fais des gâteaux. Mais au fond de la cour, dans une dépendance, j’ai façonné mon nid. A quoi servait ce local ? Je ne sais. Il y avait un toit, cela suffit. J’ai empilé le long des murs des boites de Nesquik emplies de sable. Le silence a suivi. Le jaune pas beau du Nesquik irritait l’atmosphère. J’ai tendu des tissus et commencé à peindre les arbres hauts que la ville m’a volé. Au sol, j’ai empilé des tatamis, des tapis, des coussins et puis je ferme à clef. C’est là que je m’assemble lorsqu’ils sont tous au loin. Dans leurs vies qui palpitent, se fixent des objectifs où je ne compte pas. 

Mais je n’y suis pas seule, je lis. Ou je parle à ma soeur en tirant sur un joint. Nous nous chicanons comme avant, avant qu’elle ne parte pour son île et qu’elle me laisse là.

 

Là change régulièrement d’endroit. Chaque fois qu’il est muté. Cela ne dépend pas de moi. Ni de lui d’ailleurs, nous dérivons là où d’autres nous poussent. Soumis à ses affectations. Suis la reine des cartons. Trois jours pour emballer quatre vies, il ne m’en faut pas plus. Peu de meubles, pas de rideaux, ni de bibelot. Juste nos vêtements, le strict nécessaire de linge de maison, de vaisselle et mes livres photos. Un album par année, collection et témoins figés des événements de ma non-vie. 

Les albums argentiques de mon enfance, eux, palpitent. J’évite d’y plonger. Je ne m’aventure plus en amont de mes trente ans. Au delà, c’est sans risque. Sur chaque cliché, je suis à bonne distance, regard absent, posture de dos ou, le plus souvent, hors cadre, juste une main sur l’épaule du petit, un morceau de buste tenant le bébé qui fait risette à une autre. 

Il n’y a que ma soeur qui, observant ces clichés, à remarqué que je n’y étais pas. Elle seule me cherche encore. Et lorsqu’elle s’en revient, je retrouve ma place. Ses séjours sont courts. Trop courts pour que je comble sérieusement la faille entre la vie et moi. Lorsqu’elle part, le vide s’étire de nouveau, je tombe dans le gouffre d’indifférence, la relégation virtuelle et admise. Mais je ne pleure plus. J’ai bien appris à ne plus trop m’ensouffrir. Je fume, bois juste ce qu’il faut pour m’anesthésier et paraître présente. Personne ne le remarque. Ils sont peu là. Leur là est loin de moi, très occupé à des choses importantes. 

 

Je cultive ma ganja derrière l’estragon et le massif de gaura. Pour l’alcool, le reste des courses, je me fais livrer par Monoprix. Notre société a l’avantage d’avoir développé toutes sortes d’alternatives aux relations humaines, ce qui limite l’opportunité de croiser – t donc de se soucier de ceux qui sont hors course. Je ne cours plus depuis longtemps. 

Morts les chiens qui aboyaient sur mes talons dans le sentier au dessus de la maison où je fonçais, excitée par l’air frais me fouettant les joues et les jambes, sautant au dessus de la bouillasse. Semant ma soeur qui s’épuisait après nous.

 

Bref ! Je n’ai plus d’herbe. Il a trouvé les pieds et tout arraché. Je suis perdue. Il à tué ma ganja. M’a fait une leçon de morale comme à une môme. Le con ! Reste un sachet de feuilles planqué dans mon Nesquik avec lequel je vais aromatiser le tabac quelques jours de plus, le goût et l’odeur sans véritable effet. Collée à la réalité. 

 

L’anesthésie s’estompe. Une grosse colère monte. J’ai arraché les arbres de tissu et tape sur le Nesquik ensablé. Le con ! Le con ! Le con ! La dépendance est trop étroite, les murs jaunes me donnent la nausée. Ne suffisent plus à contenir l’orage qui gonfle. La légèreté canabique est soufflée par de sombres poussées rageuses, déchirée par l’intrusion agressive de la vie dure, vraie, rapeuse. J’assomme de toutes mes forces un dernier pot de Nesquik. Crie pour sortir cette boule de haine, de peur qui m’asphyxie. La pression ne faiblit pas, grimpe au delà de ce que je sais de moi. Je me sauve. Affolée, dans les rues, espérant décharger l’énergie qui déboule par trop grosses impulsions dans mon corps en surchauffe. J’avale une colline sans même ralentir, me retrouve en nage au milieu des garrigues. Des chiens aboient sur mon passage. Les murs des villas ne me regardent pas. Je fuse, seule. Cours pour dépasser le réel, semer son acuité tranchante. électron propulsé dans un décor inaccessible, une réalité qui s’incarne enfin hors de moi le temps de mon accélération.

 

Ma fuite se consume, le pas ralenti. Peut-être ai-je brûlé la colère ?

Me sens de nouveau calme, triste, dans la gelée, à quelques centimètres de moi.

Je ne sais où aller, marche encore. Lente et dénervée.

Les habitations se resserrent. Un arrêt d’autobus m’attend. J’ai soif. M’assois. La vie va sans moi. Je ne fait plus semblant d’y survivre.

 

Un bus parait qui s’arrête à mes pieds. J’y grimpe. Donne un sou qui traînait dans la poche droite de mon jean, prend un siège au hasard dans le véhicule vide. Le paysage défile, s’écoule dehors, derrière la vitre. Je le regarde sans émotion depuis cette matrice circulante qui me porte vers la ville. Un fantôme monte. S’assoit à mes côtés lors que les places sont libres. Ne le regarderai pas.

Le fantôme sens la transpiration. Je l’oublie, retourne à la vitre, la ville qui passe indolore aux bas cotés de bus.

 

Sursaute. 

Le fantôme me touche. Je regarde sa main sur la mienne qui essuie d’un mouchoir le sang qui a séché. Je ne me savais pas blessée. Remonte vers les yeux du fantôme, seuls éléments humains surnageant des draps noirs. De beaux yeux sombres et tristes. Sans que je n’en décide, ma tête se couche à son épaule. Soupire. Le bus traverse puis sort de ville, poursuit sa route que je ne connais pas. D’autres passagers montent, descendent, font leur vie bien vivante. 

 

Le fantôme se lève et me tire par la main. Je le suis dans sa ZUP. La porte de l’immeuble qui s’ouvre est conforme à ce qu’en montre les reportages racoleurs de la télévision à infusion de peurs. Une forte odeur d’urine, des peintures écaillées, des graph orduriers, un ascenseur en panne. Clichés, clichés, clichés réels. Que font les rêves ? Où vivent les utopies ? Nous prenons l’escalier. Au terme de l’ascension, une porte. C’est très moche chez elle. Moche et surchargé. Mais propre. Elle me fait signe d’attendre et disparaît dans un couloir. J’entends les bruits d’une armoire métallique qui s’ouvre. Le fantôme farfouille puis revient me soigner.

 

Abasourdie. Le fantôme à tombé le voile. Une très jeune fille – 16 ans peut-être - prend soin de ma blessure. 

— Comment t’appelles-tu ?

Sourire embarrassé.

— Comment t’appelles-tu ?

Du charabia. Je n’obtiens rien de plus qu’un charabia gêné.

Et un thé. Nous buvons en silence et sourires. Puis elle me fout dehors bien gentiment. Je n’ai plus une pièce, aucune envie de téléphoner, je rentre donc à pied. Chez moi car il n’y a pas d’ailleurs qui passerait dans ma tête juste à ce moment là.

 

Baptiste est affalé sur le canapé. Ne tourne même pas la tête à mon entrée. Je n’étais pas ici de toute la journée et personne ne le sait. Je découvre que ma liberté se cache dans leur indifférence. De neuf à dix-huit heure, je peux être qui je veux. Quelle cruche ! Si j’avais compris cela plus tôt ! Et bien... je ne sais pas. Que faire de cette petite révélation mesquine ? Me voilà comme une idiote à ne pas savoir remplir cette moitié de vie jusqu’alors cloîtrée derrière un mur de Nesquik. Bah... On verra cela demain. 

Je fumerai bien un joint. Me demande si Alex, en plein tapage adolescent, n’en a pas, planqué dans son armoire... A fouiller...

 

C’est bête, en m’endormant, je pense à mon fantôme.

 

En me réveillant aussi. C’est comme si un sourire flottait à mes côtés. Je liquide les taches ménagères et reprends le bus. Problème, je ne sais pas à quel arrêt nous étions descendus... Je m’en remets au dieu des bus.

D’autres fantômes, les bras lourds de sacs à provisions, charabiatent, avancent sans se laisser atteindre par la laideur ambiante. Je ne parviens pas à lire leurs yeux. Quitte à ne pas retrouver fantômette, j’aurai du prendre de quoi m’acheter de l’herbe. Suis vraiment pas futée. 

 

C’est foutu. Je dois reprendre le bus en sens inverse... ou bien rentrer à pied ? Et soudain, la voilà. A l’écart des autres fantômes, elle fait mine de poursuivre, imperturbable, son quotidien, sans se soucier de moi, l’intruse, que tout le quartier regarde. Je la suis. Monte l’escalier qui pu, chaque étage son odeur. Et m’engouffre dans son petit chez elle tout moche.

Des peluches nous accueillent. Je ne les avaient pas remarqué hier. Ce ne sont pas des jouets d’enfants, ceux là traînent par terre. Non, je crois qu’elles sont à elle, pour faire jolie dans le salon.

— Gâteaux, café ?

Quelle surprise ! Mon fantôme parle français !

Rectification, mon fantôme assaisonne de français un charabia arabe. Je finis par saisir quelques informations. Elle vit en France depuis peu. Les gamins de la maison ne sont pas les siens. La mère est morte. Elle la remplace. Mariage utile. 

C’est une enfant ! Je ne saurai préciser son age mais tout, chez elle, trahit l’adolescence. Et je comprends : elle cherche une maman. Soit ! Je veux bien de celle là, qui serait comme une fille, étrangère, avec qui je suis neuve. Je peux tout inventer ! Un truc énorme s’ouvre de ma poitrine qui me tire vers l’avenir. De l’enthousiasme, je crois. Nous rions comme des bécasses sans comprendre ce que l’autre raconte mais sachant que, pour nous, demain s’écrit ensemble. 

 

J’ai beaucoup de mal à me contenir. Heureusement que je suis transparente à mes hommes. L’indifférence qu’ils me témoignent protège mon secret : je ne suis plus la même. Finalement, je vais faire quelque chose de ma vie. Quoi ? Aucune idée. Une certitude confiante. 

  

J’allais fermer à clefs pour la rejoindre lorsqu’une image s’impose. Les grosses bagouses que Charles m’offre de temps en temps. Dans la chambre, d’autres appels légers me retiennent. Je m’y résous en évitant d’analyser ce que je fais. Un sac, les bijoux, quelques vêtements, une photo de ma soeur, ma brosse à dent. 30 années se résument en bien peu de choses. Cette fois je clos la porte et saute dans un bus.

 

Donia ouvre, s’empresse d’exhiber son passeport. Visiblement, c’est un exploit. Ou plutôt une clef qu’on lui aurait volé et qu’elle a regagné au prix de grands efforts. Nous n’avions rien anticipé mais je constate qu’elle aussi a entassé sa petite vie dans un sac de voyage. Elle embrasse les photos des enfants au mur du salon, soudain calmée, et nous claquons la porte. Elle n’a pas mis son voile. Je ne suis pas une super héroïne capable de l’enlever dans une super machine, alors nous prenons le bus. Direction gare routière, ensuite nous verrons bien.

 

A la grâce des autocars qui sillonnent la terre, humbles et discrets, nous voyageons par pointillés, tâtant du village à la ville, l’endroit qui nous séduira l’une et l’autre. Les gens des autocars sont simples et moins bruyants que ceux de la vie debout. Ils regardent défiler le paysage, lisent, mangent un sandwich de temps en temps. Lorsqu’un téléphone sonne, il s’en excuse et parlent bas. Ils sont plus vieux que les autres aussi. Hormis les jeunes routards fauchés et les enfants, parfois, assis aux côtés d’une mamie tout sourires, ou revêche, et qui regardent sans peur dans les yeux les autres voyageurs, attachés aux détails, au moindre geste, avant d’écoper au mieux d’une remontrance, au pire d’un coup de taloche sur le côté du crâne. L’un d’eux, condamné à faire des exercices dans son cahier de lecture, a longtemps fait semblant de déchiffrer le manuel tout en nous observant. Intrigué par notre conversation cahotant entre un mauvais français et l’arabe que tente de m’enseigner Donia. En sortant, il laisse discrètement tomber le manuel à mes pieds, satisfait de se débarrasser d’une contrainte ennuyeuse au profit d’une jolie fille qu’il a dévoré des yeux tout le trajet et qui a grand besoin, elle, de la méthode «J’apprends à lire avec Sami et Julie». 

 

Notre première nuit à nous n’est pas très folichonne. Un hôtel triste, accroché à une zone inhumaine. Entre hangars vides hautement grillagés pour ne pas se faire attaquer par les premiers champs de blé ou les flaques d’eau grasse, gigantesques, reliant routes défoncées et trottoirs incertains. Pas de personnel pour nous accueillir, obligée d’enfourner ma carte bancaire pour ouvrir la chambre. Vite, se coucher, pour ne pas lire en l’autre que nous sommes assommées de remords et de doutes. 

 

Au petit matin, le soleil brille. Nous prenons le premier bus, descendons une heure plus tard dans une ville sans nom. Petit déj en attendant l’ouverture du Crédit Lyonnais. Je vide le compte en banque, jette la carte bleue, échange mon téléphone portable dans un Cash Convertor et nous taillons la route dans un car de tourisme grand confort. Destination Bourges, puis à nouveaux les bus régionaux. Sillonner tranquille le paysage, prendre le bus qui part lorsque nous arrivons en terminus de ligne, conduites par le hasard, l’oeil ouvert, à l’affût de notre endroit à nous. 

Immédiatement, Jargeau nous met d’accord. Couché au flanc de la Loire, le village ronfle tranquillement dans les lumières dorées du soir. Ici, l’ennui se matérialise sans pudeur, laisse les gens vaquer tranquillement à leur manque d’occupation. Une bande de jeunes attroupés, des mamans entourées de mouflets sages, des vélos en voyage. L’ambiance nous plait et, pour ne rien gâcher, nous apprenons que Jargeau s’enorgueillit d’être la capitale incontestée de l’andouille ! Dania ne comprend pas l’ironie de la chose et refuse de goûter à la fierté de la ville. Mais elle se laisse envoûter par la beauté de la Loire, opulente, large, à plat, sans bousculade rocheuse. Le passage anormalement fréquent de vélos-sac à dos nous intrigue. La boulangère nous renseigne. Un itinéraire Loire à vélo attire les touristes. Sans même nous consulter – ami et Julie n’ont pas encore rempli parfaitement leur mission nous suivons le chemin, qui par chance, chemine à l’ombre des peupliers. Lorsque la faim se présente, nous descendons le long du taillis embroussaillé jusqu’au bord du fleuve. Un lit de sable et de coquillages – inattendus le long d’un fleuve, non ? accueille nos derrières. Les mini bestioles qui voletent en nombre ne nous empêchent pas de déguster nos bons gros sandwichs de boulangère pas mesquine.

 

La Loire est belle. Elle porte ses évidences et vous lave du doute. La suivre nous mène jusqu’au camping de «La levée enchantée». Un troupeau de vélos somnolent dès l’entrée. L’accueil dort également, aux côtés d’une ginguette silencieuse.

Puisque personne ne daigne nous renseigner, nous abordons une table, posée tout contre un saule pleureur, et retrouvons Sami et Julie.

Donia apprend vite. Son esprit, privé trop tôt d’éducation, absorbe le savoir comme une terre assoiffée. Conquise. Soufflée par la motivation et l’agilité avec lesquelles elles assimile notre langue complexe. Le souvenir des devoirs effectués en compagnie de chacun de mes fils me chatouille les yeux. J’avais oublié leur blondeur joyeuse, du temps où j’étais le seul phare qui guidait leur enfance. Comment cette fusion a-t-elle pu refroidir jusqu’à briser nos liens ? Car, ils m’ont repoussé hors leur adolescence, certes, c’est la loi des enfants, mais j’ai moi barricadé l’amour derrière un mur de Nesquik, une maison bien proprette et des relations neutres. Qui est responsable de la poule ou des oeufs ?

Donia me donne à voir comme une relation vivante palpite sans parole et sans autre effusion qu’une compréhension mutuelle chargée de bienveillance. Mes larmes peinent à se maintenir à la lisière des yeux. 

Un gros homme sort d’un bati touristique improbable, des restes de sieste accrochés aux cheveux. Son pantacourt faussement sportif, sa bedaine tirant sur le tee-shirt bon chic sans genre acheté par lot de trois chez Jules en promo, écrasent les claquettes Décathlon qui sanglent sans évasion possible de gros pieds mangés par des rougeurs desquamées. Cette vision ravive en moins de deux la dérision critique qui d’ordinaire me protège de mes contemporains. Mais le gros homme approche. S’assoit à notre table.

 

Il n’y a rien entre lui et le monde que l’amour sans jugement. Sa franchise et sa gentillesse désarment mon ironie. Elle se recroqueville honteuse et je tente de dompter mon regard acéré pour lire la beauté morale que son corps ridicule dissimule. Et soudain je raconte. Bien plus qu’il n’attendait. Ca sort, le mariage, les tête blondes, les cartons, ma soeur partie en Guadeloupe, les villes qui éloignent, la vie qui se déracine, se décale, s’embrume, s’entoure d’un nuage protecteur à distance des autres, la ganja arrachée, la colère qui érupte et Donia la recluse qui ne vaque que là où sa longe l’autorise, déguisée en fantôme, à tâtons dans une langue et des moeurs qu’elle ne reconnaît pas.

 

Le soleil est tombé. Jean Jean entre comme chez lui dans la guitoune d’accueil, en sort avec des clefs et nous guide, au loin dans les champs, vers la carré de ciel n°5, un cube, posé sur les hautes herbes, dont une partie du toit de verre s’ouvre ou se recouvre selon l’humeur du temps et de ses occupants. Je dépose nos maigres baluchons sur la terrasse en bois, contemple au loin, en contrebas, la Loire qui joue de ses couleurs avant d’abandonner au crépuscule sa certitude languide.

Donia inspecte la cabane. Les placards claquent et reclaquent.

 

Jean Jean est de retour avec, dans son panier, un poulet et des frittes. Nous mangeons en silence. Le gros Jean Jean rote. Donia sourit. Les moeurs de son pays se joignent à notre table.

 

Les guirlandes multicolores de la guinguette lancent sur la nuit timide un petit air de fête. One for the money, Two for the show... la musique nous appelle et la piste de danse accueille ses premiers couples. En courant vers la vie, Donia sur mes talons, Jean Jean s’éssoufflant sur nos traces, je sens cette vie couler, à sa place, bien centrée, sans besoin de la repousser à quelques centimètres. L’avenir peut bien attendre, le présent et la joie sont de retour.

Crédit Photo : B Monginoux / Landscape-Photo.net (cc by-nc-nd)